Sainte Catherine et les Catherinettes

La sainte Catherine se fête le 25 novembre

 

« Sainte Catherine était fille de roi, sa mère était chrétienne, son père ne l’était pas.

O ! Santa Maria Catharina, donne-moi l’homme qui me conviendra »

Cette prière-invocation prononcée à l’occasion du renouvellement annuel de la coiffure de la statue de sainte Catherine résume sa réputation populaire.

Catherine-catherinettesJadis, dans les ateliers de couture, le jour de la Sainte- Catherine, tout travail s’arrêtait et on coiffait de chapeaux farfelus les jeunes filles avant atteint l’âge de vingt-cinq ans. Cette pratique donnait lieu à des réjouissances et a des bals populaires. C’était évidemment une façon de faire entrer rituellement dans le «circuit » des épouses potentielles celles qui, sans cela, risquaient d’en être exclues La coutume revient au goût du jour ces dernières années parmi les jeunes comme si l’on souhaitait souligner la toute récente revalorisation du mariage.

Un beau monastère byzantin sur le mont Sinaï, aux confins de l’Afrique et de l’Asie, abrite, selon la tradition, le corps de sainte Catherine. Fille d’une riche famille de notables, elle vécut au début du IVe siècle, à Alexandrie: où, fait rare pour une femme, elle reçut une éducation philosophique. Elle se mit, à la suite d’une vision extraordinaire et malgré le danger d’une telle démarche, à prêcher le christianisme : la Vierge et l’enfant lui apparurent et celui-ci lui remit un anneau en signe d’alliance. Fiancée  du Christ, elle refusait donc toute proposition de mariage, au grand désespoir de ses parents Poursuivie par les autorités, elle fut martyrisée d’abord au moyen d’une roue garnie de lames tranchantes qu’elle aurait brisées avec l’aide du fiance mystique, pour être enfin décapitée. Et voici le remarquable prodige : de son malheureux corps coule non pas du sang mais du lait. Les anges l’auraient emportée ensuite à l’emplacement du monastère qui lui est consacré.

Très populaire en Orient, où la sainte est aussi la protectrice des jeunes filles, le culte de la sainte se répandit en Europe occidentale par l’intermédiaire des croisés qui créèrent un ordre en son honneur.

Catherine-CatherinetteTrès vite, elle devint la patronne des corps de métiers utilisant des instruments tranchants (chirurgiens, barbiers,)  et la roue : fileuses, meuniers, cochers etc. Les étudiants la reconnaissent aussi comme patronne, ainsi que les philosophes et les notaires, à cause de l’étendue de ses connaissances. C’est la tradition de ses fiançailles mystiques qui a fait s’attacher à elle les jeunes femmes de vingt-cinq ans encore célibataires. Pour le grand public, elle est la vierge fiancée du Seigneur et on l’associe à saint

Nicolas pour la protection des enfants et des jeunes.

Ce culte a suggéré aux hagiographes médiévaux une représentation insolite : elle est la seule sainte que couronne une triple auréole – la blanche des vierges, la verte des hommes de lettres et de science et la rouge des martyrs. Ce qui permet de mieux comprendre le symbole des chapeaux à la Sainte -Catherine.

De grands peintres italiens –Veronese, Raphael, Lotto, le Corrège- nous ont laissé de majestueuses images de la sainte, tandis que l’Orient évoque dans son iconographie aussi bien son martyre que son aspect de fiancée royale.

La fête  de sainte Catherine, occasion de mise en valeur des jeunes femmes solitaires, prend un aspect beaucoup plus symbolique si l’on songe à la place de cette fête dans les festivités cycliques et saisonnières ainsi que dans les traditions populaires. Elle est en effet célébrée à une date très importante pour le monde rural : la fin des semailles et la phase de la  « germination mystique ». Les graines sont enfouies la terre qui est la gardienne de la fertilité jusqu’au printemps suivant A cette période de l’année, une grande partie des récoltes est déjà consommée et on surveille les dépenses, Les mariages décidés à la suite des rencontres  amoureuses du printemps et de l’été sont déjà célébrés. Les filles solitaires. Elles, sont obligées de mettre leur fécondité en veilleuse puisqu’au printemps suivant.

Catherine-CatherinettesCertes leur situation de laissées-pour-compte n’est pas enviable. La société leur permet alors de détourner la dérision dont elles sont l’objet en leur donnant l’opportunité de nouvelles rencontres allègres, voire érotiques, à l’occasion d’un amusement dont les chapeaux sont l’emblème. Si le chapeau est le signe distinctif par excellence de la jeune mariée, partout dans le monde rural, le couvre-chef des Catherinettes en est le détournement et la parodie.

En Grèce, dans les îles, l’invocation de la sainte le jour de sa fête peut donner des rêves prémonitoires : les jeunes filles désireuses de connaître leur avenir vont à la messe et se procurent, des mains du prêtre, un morceau de pain consacré. Placé sous l’oreiller, ce pain peut révéler le nom ou l’aspect de leur futur époux. C’est encore dans les îles de la mer Égée, comme au Proche-Orient où la pluie se fait rare jusqu’au mois de décembre, que la sainte vole, ou emprunte au bénéfice des paysans, l’eau si précieuse à la terre assoiffée.

En Espagne, sainte Catherine se charge de distribuer des cadeaux, se déplaçant dans le ciel sur une grande roue qui évoque celle de son supplice. Il s’agit encore une fois de pratiques et de rites de passage centrés autour des dates cardinales. La sainte trouve sa place dans ce chapelet de personnages mythiques et son culte dans les rites et les faits qui permettent d’égayer les journées courtes et obscures de l’année.

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