Sainte Lucie, la fiancée de la lumière

On célèbre la sainte Lucie le 13 décembre

« À la Sainte-Luce, les jours croissent d’un saut de puce », selon le dicton connu dans toute l’Europe : en effet, avant l’adoption du calendrier grégorien, en I581, la Sainte-Luce tombait tout près du solstice d’hiver, date à laquelle les jours commençaient à croître. De nos jours la fête évoque le Grand Nord, où elle s’est élevée au rang d’une fête nationale, et les jeunes filles des pays scandinaves, couronnées en l’honneur de la sainte.

Lorsque la nuit enveloppe le monde nordique, les Suédois, dans la chaleur du foyer, préparent soigneusement la fête. Sainte Lucie ou Luce, la fiancée de la lumière, est célébrée avec beaucoup plus d’éclat que Noël, qui a un caractère intime et familial. La Sainte-Lucie annonce la victoire sur les ténèbres et en son honneur le rouge et le vert, couleurs de vie, transforment la maison en réceptacle festif, où trône le traditionnel bouc de paille. C’est l’occasion de grandes réjouissances : la cuisine traditionnelle est mise à l’honneur; victuailles et friandises jettent un défi à l’obscurité extérieure en proclamant à profusion le bonheur et l’abondance.

A l’aube du 13 décembre, les jeunes filles, vêtues de blanc et coiffées de couronnes d’argent visitent les maisons d’amis en chantant des cantiques et en distribuant des gâteaux typiques parfumés aux épices. Chaque groupe de jeunes est conduit par sa Santa Lucia, une jeune fille arborant une couronne de houx sur laquelle brûlent des bougies allumées. La coutume pratiquée jadis dans le sud du pays s’est étendue avec le temps partout et est devenue un événement social lié à la période de l’hiver.

Fête païenne d’abord, liée au solstice d’hiver, la Sainte-Lucie reste avant tout une fête de la lumière : comment a-t-elle conquis le Grand Nord ? La légende raconte que Lucie aurait paru dans le Wärmland, en Suède, pendant une période d’extrême disette et apporté des vivres pour tous les habitants, qui depuis, en commémoration, ont instauré sa fête.

Lucie, « lumière » (du latin lux), n’est pas étrangère au dieu lumière des Celtes, Lug, qui pourrait être à l’origine du nom de Lucifer (porte-lumière), ange déchu selon la religion chrétienne.

Arrêtée puis martyrisée à Syracuse au  IVe siècle, sur la dénonciation de son fiancé païen, elle aurait eu les yeux arrachés. C’est en mémoire de ce supplice qu’on la représente souvent portant ses yeux sur un plateau ou au bout de ses doigts, ces yeux symboles de la lumière extérieure perdue.

Sainte peu connue dans certains pays, très fêtée dans d’autres, elle représente par son martyre et par l’iconographie qui lui est attachée, le symbole de la lumière extérieure, de la vue, mais aussi celui de la vision intérieure lumineuse de la foi. Cela fait apparaître un important réseau de symboles liés au bien et au mal, à la lumière et aux ténèbres, à la mort et à la renaissance. Les très nombreuses expressions utilisées pour parler de la sainte,  « lumière des yeux » «lumière de la vue », « lumière du monde »,  « lumière cosmique », révèlent un symbolisme spirituel d’une très grande intensité se rapportant à l’alternance du jour et de la nuit, mais aussi une vision cosmologique héritée des traditions passées et des cultures rurales.

En Sicile, le culte de la sainte est marqué de pratiques dévotionnelles de magie et d’exorcismes très nombreuses, insérées dans le calendrier solaire et agraire. On fabrique par exemple ce jour-là, un pain en forme d’œil qu’on bénit et qu’on mange pour préserver des maladies oculaires. Parmi les pratiques tragiques, restes de cultes non chrétiens, adressés à la sainte, on lui consacre des ex-voto en forme d’œil. Les représentations de Lucie tenant une gerbe rappellent la dévotion à Déméter, déesse de l’Agriculture dont les attributs principaux étaient la gerbe d’épis et la torche.

sainte-LucieLa célébration chrétienne de cette fête n’aurait alors été qu’un moyen de voiler, tout en les conservant, des fêtes païennes liées au solstice d’hiver et à la germination des graines, tandis que dans plusieurs pays européens on pratique à cette date des rites de divination, trait caractéristique aussi de la période solsticiale. Il est intéressant d’ajouter qu’à Syracuse l’église de la sainte occupe l’ancien temple d’Athéna, divinité grecque de la sagesse et des sciences, patronne de la cité. Et lorsqu’on sort la statue de la sainte, on croirait voir apparaître la statue d’Athéna, fille de Zeus.

En Autriche, pendant la nuit de la Sainte-Lucie, les jeunes filles doivent s’arrêter de filer de peur de trouver leurs fuseaux brisés. En Europe centrale, c’est le jour de la bénédiction des gerbes de céréales cueillies rituellement lors des dernières moissons et dont les graines seront ajoutées aux semailles de printemps afin d’assurer la fertilité des champs ; en Hongrie, les enfants déposent des bottes de paille auprès des portes et s’agenouillent en formulant des vœux de bonheur. Mais c’est aussi la Luca qui donne lieu à des cortèges appelés lucajàràs, accompagnés de déguisements et de vacarmes typiques du renouveau du solstice d’hiver. On commence à confectionner la « chaise de Luce » sur laquelle monteront les jeunes filles pendant la messe de minuit et du haut de laquelle elles pourront apercevoir leur futur mari et reconnaître les sorcières.

En Croatie, le jour de la Sainte- Lucie (ailleurs c’est à la Sainte-Barbara), on sème du froment dans un vase pour qu’il pousse à Noël, et on plante au milieu du vase une bougie (ou trois bougies) que l’on allume au cours du repas et que l’on éteint en l’arrosant de vin, tout en prononçant des paroles d’incantation.

Au Portugal, où la sainte porte aussi ses yeux sur un plateau, pour que la lumière soit, on donne aussi le nom de Santa Luzia à de nombreux miradors qui jalonnent les routes et dominent les lumineuses villes du pays, mettant ainsi en relief la très grande importance que cette fête attache à la lumière à travers les liens symboliques de la sainte avec la cécité et la lumière intérieure.

La paille est présente partout pour cette fête sous forme de suspensions, de poupées, d’étoiles, ou encore dans la fabrication d’un bestiaire stylisé qui deviendra, par la suite, décoration de l’arbre de Noël dont le but n’est pas seulement d’assurer une heureuse combinaison de couleurs. Au cœur de l’hiver, il est toujours utile de rappeler l’épanouissement du soleil d’été par la matière qui en est symbole par excellence.

Quels que soient les noms, celtique Lug ou romain lux, auxquels se rattache cette fête de la lumière, et malgré la diversité des rites pratiqués dans les différents pays, c’est bien toujours le même réseau de symboles liés au feu et à l’abondance, à la lumière et aux ténèbres, à l’œil de la vue ou de la foi, à la mort et à la renaissance, qui apparaît.

 

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