Sept façons de cuire le poulet

Il y avait une fois un roi qui avait décidé de prendre femme: – je veux épouser une belle princesse qui sache cuisiner le poulet à merveille!

Un matin, le jeune roi se réveilla au chant du coq et se souvint d’avoir décidé de se marier. Il alla à la fenêtre: le ciel était serein, l’air frais, une magnifique journée s’annonçait. Il descendit aux écuries, se fit seller un Cheval et partit. Trottant et galopant il arriva à un grand château. Au sommet des tours flottait un étendard aux armoiries royales: là devait habiter un roi et peut-être avait-il des filles à marier.

Le jeune roi tira la corde d’une grosse cloche; peu après vint ouvrir la fille du roi en personne; on ne pouvait se tromper car elle portait une petite couronne sur ses deux nattes blondes. Le jeune homme fut reçu par le roi et lui exposa le motif de sa visite.

– Mon cher jeune homme, dit le roi, je suis heureux de vous accorder la main de ma fille!

– Un instant, Sire, reprit le jeune roi, de fait je cherche une épouse, mais je veux une épouse qui sache cuisiner… qui sache cuisiner parfaitement le poulet.

La princesse fut invitée à dire sa recette. – Poulet à la sauce impériale, annonça-t-elle, c’est un mets très recherché… On prend un poulet, on le farcir de crème de…

– Pardon, Altesse! interrompit le jeune homme, je suppose que vous ne cuisinez pas un poulet vivant; dites-moi, comment le tuez-vous?

-Moi, j’ai toujours vu les poulets plumés, sans tête et sans pattes déjà nettoyés et mis dans des sachets de cellophane, prêts à l’usage! s’exclama la princesse, je n’ai jamais vu de poulets vivants!

– Alors rien à faire! dit le prince qui s’éloigna. Trottant et galopant, il arriva devant un autre château. Sur la porte il y avait une énorme couronne royale qui étincelait de tous ses ors.

Une belle jeune fille aux yeux noirs et aux cheveux bouclés vint ouvrir. Sur la tête elle avait une couronne, c’était la fille du roi.

– Sire, je suis venu vous demander la main de votre fille, dit le prince quand il fut en présence du roi, à condition qu’elle sache cuisiner le poulet.

La princesse commença sa recette: – Poulet à la sauce royale… on prend un poulet, on le désosse, on le met…

– Halte! dit le prince. Dites-moi d’abord comment faites-vous pour tuer votre poulet, j’espère que vous ne voulez pas le désosser vivant?

– je n’y avais jamais pensé mais cela ne doit pas être difficile, répondit la princesse qui avait du sang espagnol dans les veines. On prend deux poulets et on les met l’un en face de l’autre… Ils commenceront à se battre et après une lutte furieuse, l’un des deux sera le vainqueur et l’autre bon pour la casserole…

– Un poulet mort au combat? Il deviendra furieux durant la lutte et son sang se caillera! murmura le prince.

Après avoir remercié le père et la fille il partit. Trottant et galopant, il arriva en ville. Tout un côté de la place était occupé par un immense château: les sentinelles avaient de petites couronnes brodées sur leurs vestes, c’était certainement le château du roi.

PouletLe jeune prince fut introduit dans la salle du trône où le roi jouait aux échecs avec la princesse, une très belle jeune fille aux yeux verts. Sa petite couronne était posée en équilibre sur ses cheveux bouclés.

– je viens demander la main de votre fille, dit le prince, et j’en ferai ma femme si elle sait cuisiner le poulet.

– C’est justement sa spécialité, reprit le vieux roi en souriant, fillette, lis ta recette.

-Poulet à la sauce princesse… On prend un poulet, on l’enfile sur une broche…

– Pardon adorable princesse, interrompit le jeune prince, vous l’enfilez vivant? Non je crois, alors comment faites-vous pour le tuer?

– je n’y avais pas pensé, reprit la jeune fille, mais c’est facile, laissez-moi y penser une minute: voilà, je laisse mon poulet libre au carrefour de la place et après quelques instants je vais le ramasser.

–  Ecrase par une voiture? Ecrabouillé sous les roues? Je n’en voudrais pas pour tout l’or du monde! Et le prince s’en alla. Trottant et galopant, le prince arriva en vue d’un autre château.

Là, il fut reçu par la reine et par le roi.

– Si vous avez une fille qui sache bien cuisiner le poulet, je demande sa main; dit le prince aux augustes souverains.

La reine sourit et appela sa fille: une belle demoiselle aux cheveux relevés en chignon et surmontés d’une petite couronne.

– Poulet à la diable, sauce reinette… On prend un poulet que l’on arrose soigneusement d’huile…

–  Non, non, non! interrompit le prince, je veux la recette depuis le début. Comment faites-vous pour tuer le poulet?

– je n’y avais pas pensé, dit la jeune fille en regardant sa mère d’un air suppliant. Mais ce ne sera pas difficile; il suffira… il suffira de donner au poulet une forte dose de poison! En quelques minutes il sera prêt!

– Du poulet empoisonné, au diable! s’exclama le prince. Il vaut mieux que je me sauve…

PouletTrottant et galopant, il arriva devant un autre château.

— Aubergiste! Un peu d’avoine pour mon cheval et quelque chose pour moi car je meurs de faim.

– Majesté! s’écria l’aubergiste qui l’avait reconnu. Vous, seul! Mais où êtes-vous allé sans escorte?

– je suis parti à la recherche de celle qui deviendra ma femme, mais je n’ai pas trouvé une seule princesse capable de bien cuisiner un poulet.

– Comment? Vous n’avez pas pu trouver une princesse capable de cuisiner un poulet? Quand je pense que j’ai à mon service une brave jeune fille, qui sait cuisiner n’importe quoi et qui, de plus, est fille d’un roi exilé par les républicains. C’est une belle et brave jeune fille mais elle est pauvre.

– Faites-la venir, dit le jeune prince, je veux la voir.

– Moi je n’ai rien dit, reprit l’aubergiste, ne lui dites pas que vous savez son histoire, la pauvre petite!

C’était une très belle princesse, la plus belle de toutes.

–  jeune fille, dit le prince, je voudrais savoir si tu sais cuisiner le poulet et comment…

– Une demi-heure et il est sur votre table! répondit la jeune fille en courant vers la cuisine.

– Reviens! Reviens un moment je t’en prie!

La jeune fille revint tenant un poulet vivant pris par les pattes.

– Vous désirez?

–  juste un mot, avant de cuire votre poulet, comment le tuez-vous?

– Pour ce qui est de la cuisine, je vous ferai un poulet rôti, c’est le plus simple et le meilleur, et pour ce qui est de le tuer… Comme ça! et elle tordit le cou à la bestiole.

– Très bien ma belle princesse! s’exclama le jeune prince.  Dépêche-toi car j’ai faim et nous mangerons ensemble. Puis tu viendras avec moi dans mon royaume et tu seras mon épouse. Tu le veux?

Quelle demande ! La jeune fille disparut et revint bien vite sans tablier, sa couronne d’or sur sa tête.

– Nous rôtirons le poulet demain, mon cher prince, dit en souriant la jeune fille. Aujourd’hui nous sommes vendredi et l’on ne mange pas de viande!

En disant ces mots, elle mit sur la table un magnifique plat de poissons bouillis.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse tout en espérant gagner un peu d'argent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.