Sept perles de corail rouge

Madame Germaine sortit dans son jardin pour cueillir quelques roses. Elle s’arrêta un moment pour admirer la beauté de la route ombragée qui passait devant chez elle. Les marronniers d’Inde étaient en fleurs, le ciel était bleu et le soleil resplendissant. Tout était joyeux, et pourtant, il y avait là, au milieu de ce paysage, une note de contraste: c’était une petite fille qui marchait lentement, tête basse, les yeux fixés sur la pointe de ses souliers. Quand elle passa devant le portail fleuri, la fillette leva un instant les yeux et salua la vieille dame.

– Bonjour, madame Germaine.

– Bonjour Nine! répondit la dame. Mais viens un peu ici, il y a quelque chose qui ne va pas?

Elle lui mit un doigt sous le menton et l’obligea à lever la tête.

– Tu as pleuré! Allons dis à ta vieille amie ce qui t’est arrivé!

Nine qui habitait dans une petite maison près de celle de madame Germaine, ne fit aucune difficulté pour lui confier ses peines.

— Je n’ai pas su la leçon en classe, et la maîtresse m’a grondée. Maintenant je vais encore me faire gronder à la maison! Pourtant je l’avais bien étudié ma géographie! Mais c’est trop difficile… Je n’arrive pas à la retenir!

corailMadame Germaine sourit.

– Tu avais en effet étudié la leçon, je t’ai vue… Tu avais mis la chaise dans le jardin pour étudier au grand air… ton chien est arrivé et tu as joué avec lui, il est si beau! Ensuite c’est ton petit frère qui est venu te trouver pour que tu lui arrangés son camion, et cela n’a pas été si facile que ça! Tu avais à peine repris ton livre quand ton amie Nicole s’est arrêtée derrière la grille et tu as dû lui tenir gentiment compagnie en bavardant. A peine était-elle partie que ta maman t’a appelée pour le goûter… Quant à la leçon!…

– C’est vrai, admit Nine, mais je n’arrive pas à étudier avec plus d’application, je ne suis pas une « bûcheuse » moi. Ce n’est pas de ma faute si je suis faite ainsi!

Madame Germaine sourit de nouveau et ses yeux bleus pétillaient de malice.

– je veux venir à ton aide, petite fille, dit-elle. Je vais te faire un cadeau; essuye tes yeux et attends-moi un instant.

Elle rentra chez elle et revint peu après en tenant quelque chose dans sa main.

– Ce sont sept perles de corail rouge. Elles sont enchantées. Il suffira que tu lises une seule fois, perle en main, ta leçon pour que tu la saches parfaitement. Chaque perle correspond à une matière: il y a la perle de la géographie, celle de l’histoire, etc…

Nine regardait pensivement la vieille dame qui continuait à sourire, très sûre d’elle.

– Quand j’étais petite ma voisine, une fée, m’offrir ces perles enchantées.

Nine prit les perles et remercia madame Germaine. Elle ne croyait pas beaucoup en leur pouvoir magique mais elle pouvait toujours les essayer.

– Demain je dois être interrogée en géographie… Quelle est la perle qui correspond? demanda Nine.

– Le malheur est que je ne m’en souviens plus, soupira madame

Germaine.

– Il y a si longtemps qu’elles ne me servent plus. Mais tu peux facilement essayer. Tu en prends une au hasard, si demain tu as une bonne note tu sauras que tu avais deviné juste, sinon tu en essayeras une autre lendemain, etc.

Nine n’était pas très contente. La vieille dame la consola: — Tu peux aussi faire d’une autre façon: essaye avec six perles et laisse la septième; si tu sais ta leçon cela voudra dire qu’une des six perles était bonne, un autre jour tu en écartés une autre et ainsi de suite. Ah! Une chose importante que j’allais oublier! Tu ne dois absolument révéler ton secret à personne. Tu devras lire ta leçon une fois, lentement, à haute voix mais sans que personne ne t’entende, si non les perles perdront leur pouvoir pour toujours.

Nine embrassa la chère vieille dame et s’éloigna en courant. Elle avait grande envie de tout raconter, mais elle sut maîtriser sa joie et son impatience. Elle fut très gentille avec son petit frère, elle ne protesta même pas quand il prit une tranche de gâteau bien plus grosse que la sienne et elle accepta, après le repas, de jouer avec lui à un jeu qu’elle avait toujours trouvé ennuyeux à mourir!

Un peu plus tard, sans attendre l’appel de sa mère, Nine prit son livre de géographie.

– Il y a trop de soleil dehors, dit-elle, je vais étudier dans ma chambre.

Elle appela son petit frère et lui dit à voix basse: — Si tu me promets de me laisser tranquille et de ne pas venir me chercher, je te prêterai mon livre d’animaux! Tu y feras bien attention. Nine était très fière de son magnifique album et c’est avec joie que le petit garçon promit tout ce qu’elle voulait: il ne bougerait pas jusqu’au soir.

corailNine, seule dans sa chambre, mit les sept coraux sur la table. Elle s’assit et prit son livre. En tenant bien fort dans sa main l’une des sept perles, elle commença à lire lentement et à haute voix. La leçon était courte et elle eut vite terminé. Elle prit la deuxième perle et recommença sa lecture, puis la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième. Chaque fois elle lisait sa leçon attentivement et à haute voix.

Sur la table il ne restait plus que la septième perle. Nine la regarda longuement.

– Et si c’était justement la bonne? Cette fois-ci il me suffit de savoir si ces perles sont magiques ou non. J’essaye aussi celle-ci. Demain je ferai la recherche de chaque perle.

Elle prit dans sa main le dernier corail et relut encore une fois sa leçon. Elle venait de finir quand elle entendit sa maman qui l’appelait pour le goûter. Comme le temps s’était envolé! Nine descendit au jardin en courant pour rejoindre son petit frère. Madame Germaine était sur sa terrasse en train de couper des rosiers. Nine s’approcha d’elle et lui dit à mi-voix: — j’ai essayé les sept perles! Si demain je sais ma leçon alors j’aurai la preuve de leur don magique!

La dame sourit en faisant un signe de connivence, tandis que ses yeux brillaient de malice. Nine joua jusqu’au soir avec son frère et son chien Pluk, ayant confiance dans le pouvoir de ses perles de corail rouge. Elles devaient vraiment être magiques puisque madame

Germaine en était sûre!

Le lendemain madame Germaine attendit sa petite amie sur le pas de la porte. Elle devina aisément que tout s’était bien passé. Nine avançait en sautant et en chantonnant: quand elle aperçut la vieille dame, elle se mit à courir et arriva toute essoufflée.

– Les perles sont enchantées! J’ai su ma leçon d’un bout à l’autre! La maîtresse m’a fait des compliments devant toute la classe: « C’est ce que j’appelle une leçon bien apprise! » a-t-elle dit. Puis à mi-voix elle a continué: «  je vois que la réprimande d’hier t’a fait du bien! » Si elle avait su! continua Nine en riant et en embrassant madame Germaine.

– Vous m’avez fait un cadeau magnifique, madame, que puis-je faire pour vous? Voulez-vous que j’enlève les mauvaises herbes de vos allées? Que je vienne arroser vos fleurs?… Que je vous tienne compagnie?

-Doucement, doucement, Nine, protesta la chère vieille dame. Je suis seulement contente de voir que mes perles n’ont pas perdu leur pouvoir, même après de si longues années. Ce n’est pas la peine de tant me remercier puisqu’on me les a données, à moi aussi.

– La dame qui vous les a données était vraiment une fée… Vous aussi vous êtes une fée… mon papa dit toujours que vous êtes la meilleure dame qu’il connaisse, et le meilleur professeur, mais moi, je dis que vous êtes certainement une fée!

– Ton papa a été mon élève, il y a bien longtemps, et il m’aime bien. Si je suis devenue un brave professeur, c’est grâce à ces perles de corail rouge. Maintenant elles t’appartiennent. Va vite chez toi, ta maman doit t’attendre.

Nine rentra chez elle et décida d’utiliser encore les sept perles pour sa leçon d’histoire. Elle ferait le choix une autre fois.

Le lendemain ce fut un nouveau succès à l’école. Elle avait demandé à être interrogée et le professeur avait dû, à sa grande joie, lui faire de nouveaux compliments. Tous les jours et pour toutes les matières le fait se répétait.

La maîtresse était étonnée de ce changement mais Nine, qui avait pris goût à l’étude, ne trahissait pas son secret. Elle avait désormais renoncé à chercher la perle correspondante à chaque matière. Chaque jour elle les utilisait toutes les sept, bien tranquillement dans sa chambrette comme le voulait la magie. Ce n’est qu’après la longue cérémonie des sept perles que Nine descendait au jardin pour se mêler aux jeux déchaînés de son petit frère. Un jour madame Germaine vit Nine qui faisait les cent pas d’un air sérieux.

– Que t’arrive-vil? Petite fille, les perles ne sont-elles plus enchantées?

– Oh! non, madame, répondit Nine. Grâce aux perles je suis toujours la première à l’école, mais c’est justement cela qui me préoccupe. Quand on me fait des compliments… au lieu d’être contente j’ai honte… Madame Germaine je n’en peux plus! Je trompe tout le monde, papa, maman, ma maîtresse et mes camarades! Je sens dans mon cœur un je ne sais quoi qui me donne envie de tout dire! Cela m’ennuie seulement pour papa et maman qui seraient tristes de me voir redevenir la paresseuse d’autrefois!… Pardonnez-moi, madame! Je suis méchante en vous disant cela, vous avez été si bonne avec moi.

Madame Germaine qui essuyait furtivement une larme, prit sa petite amie dans ses bras et lui dit:

– Grosse bête, ne vois-tu pas que je ris?… Ne crains rien, je connais le remède. Ecoute-moi bien Nine: les sept perles de corail rouge ne sont pas des perles magiques! Je t’ai raconté un innocent mensonge comme on me l’avait raconté il y a bien longtemps. C’était seulement pour ton bien! Moi aussi, quand j’étais petite, j’eus des scrupules et je voulus les rendre! Mes perles t’ont appris une chose: à étudier au lieu de lire ta leçon une fois, rapidement et mal…

– j’ai compris! s’écria Nine. Ne sachant pas quelle était la bonne perle, je lisais ma leçon sept fois, lentement et à haute voix… j’étudiais sept fois ma leçon… et en m’appliquant comme le disait la magie.

Nine se mit à sauter joyeusement.

– Que c’est beau! Quelle joie! Maintenant j’étudierai toujours ainsi même sans les perles. Je serai une bonne élève sans magie! Si j’avais su!… Merci madame Germaine… Vous êtes une fée malgré tout!

Nine prit dans sa poche un petit sachet avec les sept perles.

– Je l’ai toujours sur moi, car j’avais peur que maman, en les découvrant, leur fît perdre leur pouvoir. Maintenant je vous les rends madame.

La vieille femme alla prendre un petit coffret de bois sculpté; il contenait un magnifique collier de corail rouge. Après avoir remis à leur place les sept perles qui manquaient, madame Germaine prit le collier et l’attacha au cou de Nine.

– Grâce à toi j’ai vécu de nouveau une des plus belles aventures de mon enfance, j’en suis heureuse et émue. Je te donne ce collier et tu pourras toi aussi, refaire cet innocent petit jeu si tu as la chance, comme moi je l’ai eu, de rencontrer une brave petite fille qui croit encore aux fées.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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