Sept petites sœurs blondes

Dominique, Régine, Michèle, Fanny, Solange, Laure, Simone, étaient sept petites sœurs blondes. Elles passaient leurs vacances dans la maison de leurs aïeuls, située dans un petit village de montagne au milieu des prés et des bois, au pied des Dolomites. C’était Noël et les sept sœurs étaient chez leurs grands-parents. La vallée et les montagnes étaient couvertes de neige et les sept skieuses, vêtues de bleu, s’amusaient follement. Par une belle journée de soleil, elles demandèrent à leur maman la permission de faire une belle promenade. Elles voulaient aller voir Barbe joyeuse.

Barbe joyeuse était un vieil artiste, qui, pendant de longues années avait sculpté sur bois des Vierges magnifiques, des saints et de petits anges, des chaires ornées de figures qui semblaient vivantes. Ses statues, à l’air expressif et dévot, étaient admirées non seulement dans la vallée mais dans les villes et même dans les pays étrangers.

Maintenant c’était un vieillard; ses fils et ses élèves travaillaient à leur compte et il était resté tout seul dans sa maisonnette à la lisière du bois. Dans son grand atelier il continuait à sculpter de petits objets de bois. Il y avait des figures grotesques qu’il collait aux bouchons des bouteilles, il y avait de beaux animaux dans des poses gracieuses et naturelles. Vers Noël il sculptait les adorables petits personnages de la crèche: l’Enfant jésus sur la paille, la Vierge en adoration, les Bergers, les Rois Mages, les brebis etc…

Les sept sœurs étaient contentes quand elles avaient la permission de rendre visite à leur vieil ami, car elles ne se lassaient pas d’admirer les sculptures qui couvraient l’immense table et les étagères de l’atelier.

Tout le monde, au village, l’appelait « Oncle joyeux n» ou, à la mode des montagnes  « Barbe joyeuse» car il était toujours content et recevait grands et petits, avec la même cordialité. Il ne se fâchait pas, même si des enfants maladroits touchaient les statues fraîchement peintes. Il riait et nettoyait avec un peu d’essence les traces de doigts des petits imprudents.

– Cela n’a pas d’importance, disait-il, une autre couche de peinture rendra mes statues encore plus belles! Et il riait en voyant les enfants qui fronçaient leur petit nez à l’odeur de l’essence. Barbe joyeuse aimait bien les sept petites sœurs. Il disait que leurs bavardages lui rappelaient les merveilleux concerts des oiseaux dans les bois au printemps.

Après une bonne marche sur le sentier couvert de neige, les sept petites sœurs arrivèrent à la maison du vieillard. Elles le virent de loin, assis sur le pas de sa porte, la tête entre ses mains.

– Bonjour Barbe joyeuse! s’écrièrent-elles en chœur. Réveillez-vous… Vous dormirez cette nuit!

Le bon vieux leva lentement la tête. Les petites furent surprises: il n’était pas bien gai, aujourd’hui Barbe joyeuse. D’habitude il se levait d’un seul bond, faisait semblant d’avoir eu peur et riait aux éclats. Cette fois-ci il salua d’un sourire triste.

– Bonjour mes enfants…. je reconnais votre voix… je vous remercie de votre visite. je n’y vois plus, je suis aveugle… mais ne soyez pas tristes, le docteur m’a dit qu’après une opération je guérirai. Si Dieu le veut!

Il fit entrer les enfants et leur montra ses derniers travaux. Devant tant de merveilles, les sept sœurs reprirent bien vite leur gaîté. Dominique, l’aînée, promit au sculpteur qu’elle reviendrait le lendemain avec ses sœurs.

– Venez, venez mes enfants… quand j’entends vos voix je suis moins triste et mon cœur est en fête.

Le lendemain les petites sœurs revinrent, mais le vieillard n’était pas sur le seuil. Il était en train de travailler dans son atelier et préparait un curieux objet. Ses yeux étaient éteints mais on aurait dit que ses doigts voyaient.

– Chères petites, cette nuit j’ai fait un rêve étrange: chacune de vous m’avait offert un de ses cheveux d’or et je l’avais mis dans un cadre de forme spéciale… et j’étais heureux. je suis en train de terminer le cadre, je le fais exactement comme je l’ai vu en rêve. Petites filles, me donnerez-vous un de vos cheveux d’or? Je les conserverai en souvenir de vous et, en attendant votre retour pour Pâques, je caresserai vos cheveux et je rêverai à vos charmantes voix.

sœursLa sœur aînée qui avait des cheveux longs arracha un des fils d’or: — Dominique te donne le premier cheveu! dit-elle de sa voix grave de jeune fille. Elle aida le vieil artiste à le tendre avec deux épingles dans le cadre.

– Régine te donne le deuxième! et elle le détacha de sa queue de cheval.

Michèle le troisième! Fanny le quatrième! Solange le cinquième! Laure le sixième!

– Simone le dernier! dit la plus petite qui voulut elle aussi, aider le vieillard à tendre son cheveu court dans le dernier angle du cadre. Les enfants applaudirent.

– C’est merveilleux! Tu es un artiste, Barbe joyeuse! Tous nos cheveux du plus long au plus court, ont trouvé leur place exacte dans ton cadre.

Le sculpteur aurait bien voulu garder encore un peu les sept sœurs car leurs voix lui réchauffaient le cœur, mais à la nuit elles durent partir. Avant le dernier adieu elles lui promirent de revenir à Pâques et lui souhaitèrent une prompte guérison. Quand il fut seul le bon vieux alla prendre son étrange « porte-cheveux » et, effleurant du bout des doigts les fils d’or, il essaya de les reconnaître un à un.

– Celui-ci est à Dominique… celui-ci, le plus petit, est à Simone… celui-ci est à Laure. Sous les doigts du vieillard, les cheveux tendus vibraient comme des cordes d’instrument et donnaient chacun un son différent. Le plus long avait la voix grave de la sœur aînée, les autres, de plus en plus aigus, les sons des voix des autres fillettes. Le visage du vieil homme s’illumina d’un sourire heureux. En touchant les blonds cheveux il animait les’ voix des sept petites sœurs. Jamais plus il ne serait seul dans sa maisonnette à la lisière du bois!

Tandis qu’il continuait à faire vibrer les fils d’or, se yeux se remplissaient de douces larmes. Barbe joyeuse pleura longuement, pleura de joie et d’émotion. Il était de nouveau heureux et avait oublié son malheur. Il prit son mouchoir et s’essuya les yeux. Oh! Miracle!…Il voyait !

Un dernier rayon de soleil fit miroiter les cheveux d’or des fillettes: Do… Ré… Mi… Fa… Sol… La… Si.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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