Sept petits cierges allumés

Quand Lucie se réveilla et qu’elle apprit le départ de sa mère, elle se mit à pleurer. Ce ne fut pas facile de la consoler. Maman lui avait parlé d’un voyage qu’elle aurait dû faire prochainement, même elle lui avait promis de lui rapporter un petit frère si elle avait été sage durant son absence. Mais Lucie avait su que sa maman était malade, elle avait vu le visage inquiet de son père, elle avait entendu parler d’hôpital et de docteurs. Son père, plus tendre et plus affectueux que d’habitude, lui essuya ses larmes en lui disant: – Nous allons chez ta grand-maman à la campagne.

Ils montèrent en voiture et rapidement se dirigèrent vers la maison de la grand-mère. C’était une grande bâtisse sur une colline, à moitié cachée par de gros sapins. Elle était au début du village tout près d’une jolie chapelle dédiée à la Vierge. Le père arrêta sa voiture devant le portail, mais au lieu de pénétrer dans le jardin il entra dans l’église et se dirigea vers l’autel devant une Sainte image de la Vierge entourée de cœurs d’argent. Lucie s’agenouilla près de son père qui se recueillait, les larmes aux yeux. Le papa s’approcha ensuite d’une petite table où, près d’un plateau de cuivre se trouvait un paquet de cierges: il mit une monnaie sur le plateau et prit un cierge, l’alluma et l’enfila sur un des tubes du candélabre de fer forgé, devant l’autel. Il prit la main de la petite et la conduisit chez la grand-mère qui les attendait sur le seuil avec la tante Sylvie.

Lucie fut embrassée tendrement. Sa grand-mère resta quelques instants sur la porte avec son père et bientôt celui-ci repartit rapidement. La tante Sylvie prit Lucie dans ses bras et la conduisit voir le poulailler, les poules et les poussins. En rentrant elles aperçurent l’aïeule qui revenait de la chapelle. Un peu plus tard, tante Sylvie alla également à la chapelle, ainsi que l’oncle Paul à son retour de l’école, tandis que l’on préparait le souper.

Lucie remarqua que la femme du pharmacien alla, elle aussi, à l’église après avoir parlé quelques instants avec la grand-mère. Le soir, la vieille domestique prit Lucie par la main en lui demandant de l’accompagner dans ses courses pour le lendemain. Hors du portail, au lieu de prendre le chemin qui conduisait au village, Marie entra dans la chapelle avec Lucie. Elle s’agenouilla et dit à la petite de prier avec elle.

– Demandons à la Sainte Vierge de guérir bien vite ta chère maman.

Marie déposa une monnaie sur le plateau et prit un cierge qu’elle alluma et plaça sur le candélabre, près de cinq autres cierges en partie consumés. Lucie savait déjà compter jusqu’à dix. Elle vit les petits cierges: trois d’un côté et trois de l’autre. Les premiers étaient presque éteints. Elle vit qu’il restait une place, au milieu, pour une autre bougie, sur le plateau elle compta six pièces de monnaie.

Alors Lucie comprit: les six cierges avaient été allumés par les six personnes venues dans la chapelle durant la journée. D’abord son papa, puis la tante Sylvie, sa grand-maman, son oncle Paul, la pharmacienne et enfin Marie. Mais pourquoi les avaient-elles allumés? Pour que la Sainte Vierge guérisse sa maman.

Lucie aurait bien voulu en allumer un, elle aussi, mais déjà Marie l’avait prise par la main: — Vite Lucie, nous devons faire les courses avant la nuit. Elles firent tout le tour du village: l’épicier, le marchand de légumes, le boucher et le boulanger. Par signes, Marie leur fit comprendre la présence de Lucie et l’épicier sortant de derrière son comptoir, prit la petite dans ses bras et lui offrit un énorme chocolat fourré. C’est à peine s’il pouvait entrer dans la petite poche du tablier de la fillette.

Lucie pensait toujours aux cierges de la chapelle

De retour à la maison, tandis que Marie se dirigeait vers la cuisine, la fillette resta dans le jardin: elle ouvrit le portail et partit en courant vers la petite église. La chapelle était sombre et déserte mais Lucie n’avait pas peur. Elle s’avança sur la pointe des pieds jusqu’à l’autel, prit un cierge l’alluma à un autre comme elle avait vu faire, et le plaça après bien des efforts, sur le petit tube central du candélabre; elle prit dans sa poche son gros chocolat et le mit sur le plateau de cuivre, près des piécettes.

ciergesMaintenant il y avait sept cierges sur le candélabre, et le plus beau, le plus grand et le plus droit était celui du centre, celui de Lucie. La fillette regarda la Sainte Vierge qui souriait dans son cadre doré en serrant sur son cœur son Enfant jésus.

– Fais guérir ma maman… fais guérir ma maman.., disait la petite en fixant la Sainte image. Elle avait complètement oublié qu’elle devait rentrer à la maison. Elle fixait les cierges qui peu à peu s’éteignaient, elle fixait le doux visage de la Vierge qui ressemblait au visage de sa maman…

L’enfant, après une journée si longue et si triste, se sentait fatiguée. Mais elle était tranquille et heureuse et, tout en regardant les petites flammes osciller, elle s’endormit sur le banc.

Il faisait presque nuit quand le papa de Lucie arrêta sa voiture devant le portail. Il descendit en faisant un geste joyeux de la main à la grand-mère et à la tante Sylvie.

– Qu’était-il arrivé? Il remarqua leur air soucieux.

– Nous ne trouvons plus Lucie… elle n’est ni dans le jardin ni à la maison.

Le père regarda la porte de la chapelle, elle était entr’ouverte. Il y courut et… trouva Lucie endormie sur son banc.

Au bruit des pas la petite se réveilla. Son père la prit dans ses bras et l’embrassa.

– Ma chère petite! Ta maman est guérie. Après-demain elle rentrera à la maison et… elle t’apportera un beau petit frère. La Sainte Vierge nous a fait une grâce…, ajouta-t-il à mi-voix.

Lucie regarda « son » cierge déjà à moitié consumé. Dans la chapelle sombre, à la lumière des sept petites bougies, la Sainte Vierge souriait à son Enfant jésus. Sur un plateau de cuivre brillait un gros chocolat fourré à côté de six petites pièces d’argent.

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.