Le traditionnel sapin de Noël

Le sapin est, de nos jours, le signe par excellence de Noël. Dès la mi-décembre apparaissent dans les villes, des forêts entières de conifères coupés, sacrifiés au culte renouvelé des fêtes d’hiver,  au nom d’une esthétique écologique ambiguë qui transgresse les frontières culturelles. Sur les places des capitales européennes se dressent dorénavant d’énormes sapins illuminés pour exprimer joie prospérité et abondance, rite urbain de ce début du XXIe siècle qui rejoint néanmoins d’anciennes coutumes transplantées. À leur pied se lovent des crèches et les enfants y déposent chaussures et chaussettes pour y découvrir des gâteries le jour de Noël, sous l’impact d’un admirable syncrétisme qui s’achève et évolue sous nos yeux.

sapin-noëlPourtant la tradition du « beau sapin », préoccupation majeure des familles à l’approche des fêtes, est relativement jeune : trois ou quatre siècles à peine-

Un concours de circonstances et la fusion de plusieurs traditions sont à l’origine de cette mise en valeur extraordinaire de l’arbre toujours vert qui paraît exprimer naturellement la fête.

Évoquons brièvement  les étapes de cette valorisation. La représentation, au plus fort des mystères du cycle de Noël, de la naissance du Christ dans la crèche et de l’adoration des Mages fut combattue par la Réforme comme une forme d’idolâtrie. La crèche, en tant que symbole de l’espoir inhérent à la Nativité se trouvait ainsi contestée par un souci de pureté. Les protestants, par la suite, valorisèrent la symbolique de l’arbre dont le lien avec le thème de la chute de la race humaine et de sa Rédemption était attesté dans les Écritures. Cet « arbre de Noël », qui n’était pas encore un sapin, paraissait alors, par l’abstraction du message qu’il véhiculait, plus apte à signifier la Nativité et l’incarnation du Sauveur.

L’Arbre de la connaissance du Bien et du Mal, se trouve au cœur de l’expulsion d’Adam et d’Eve du paradis terrestre. Un des mystères les plus populaires joué dans les églises à partir du XIe siècle est justement cette tentation d’Eve et la consommation du fruit défendu. L’arbre utilisé était un sapin décoré de pommes.

sapin-noëlLe mystère s’achevait sur l’annonce de la venue du Sauveur, incarné le jour même de Noël.

Lorsque les mystères furent interdits, les fidèles fortement désireux de conserver cette représentation de l’arbre du Paradis introduisirent le sapin décoré de pommes rouges dans l’intimité de leur fête familiale.

Mais, parallèlement, les traditions populaires restaient attachées à d’autres courants d’idées archaïques, peut-être refoulés ou mal christianisés, liés aux pouvoirs de la nature et de la végétation, dont « l’arbre de vie », l’arbre toujours verdoyant, est l’expression la plus vivace. Ce culte du vert permanent est commun à presque toutes les cultures depuis la nuit des temps. Ce culte est parfois de l’engouement : en Grèce contemporaine, le sapin, qui n’est pas l’arbre représentatif du pays, est importé pour la Noël. On sait, par exemple, que les Romains pendant les Saturnales et les Calendes de janvier, décoraient leurs maisons de feuillages, de houx, de lierre et parfois de branches de sapin. Par ailleurs, en Scandinavie, on célébrait les derniers jours de l’année par des fêtes en l’honneur de Yul, pour assurer le retour du Soleil vers la Terre avec des réjouissances et des sacrifices offerts au pied d’un arbre consacré. On plantait aussi, devant la porte de la maison, un sapin qu’on décorait avec des torches et des rubans de couleur.

L’arbre toujours vert, l’arbre de vie et l’arbre du Paradis, notions d’origine différente, se retrouvent et fusionnent alors dans notre arbre de Noël où se rejoignent le culte de la nouvelle lumière et le souvenir de la Rédemption.

Les historiens s’accordent pour démontrer que la coutume du sapin de Noël prit naissance en Alsace dans le courant du XVe siècle ; des documents d’archives affirment que des gardes forestiers étaient spécialement dépêchés dans la forêt à l’approche des fêtes pour surveiller les gens qui s’y rendaient en quête  d’un jeune arbre et pour éviter les abus. Les premiers arbres étaient décorés de pommes rouges, puis de fleurs en papier et de rubans de couleur ; bougies et autres lumières apparaissent à partir du XVIIe siècle en Allemagne. C’est le Lichtenbaum, « arbre de lumière », autour duquel, selon le témoignage de Goethe, on range jouets et autres cadeaux de Noël. A partir de l’Alsace, la coutume s’est répandue en Allemagne et, au début du XIXe  siècle, elle se manifeste en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en France.

sapin-noëlLe premier sapin de Noël apparu officiellement à Paris est celui dressé aux Tuileries en 1837 par la belle-fille de Louis –Philippe, la princesse Hélène de Mecklembourg. Après la guerre de 1870, la coutume se répand dans la bourgeoisie française.

Depuis, l’arbre gagne tous les foyers et son décor se perfectionne : boules miroitantes, chenilles et guirlandes d’or et d’argent, bougies électriques et figurines illuminées sont inventées pour faire de cet arbre de vie, arbre du Bien et du Mal, une expression vivante de joie, d’espoir, de bonheur éphémère.

Extrait de « Fêtes et croyances populaires en Europe » Yvonne de Sike ed : Bordas

A lire aussi : https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/botanique-sapin-noel-arbre-feerique-1046/page/2/

 

 

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