Ys la ville engloutie Légende bretonne

Gradlon le Grand, roi de Cornouailles armoricaine, dormait profondément. Et nul n’aurait osé troubler son royal sommeil. A son cou brillait la clef qui ouvre les digues de la cité entourée d’eau. Dehors, la ville d’Ys, elle, ne dormait pas : elle bouillonnait. Au grand désespoir de Gradlon et de l’évêque Gwénolé, Ys n’était qu’une ville de débauches et de plaisirs, conduite par la fille du roi en personne, Dahut, dont on raconte qu’elle précipitait ses amants du haut du donjon, une fois la nuit passée. A peine éclairée par la lune, c’est elle qui entra sur la pointe des pieds, dans la chambre du roi, son père. C’est elle encore qui déroba la clef et ouvrit les écluses, sous l’emprise de l’alcool et du démon. Insolente, la mer se déchaîna aussitôt. Les vagues, profondes comme des puits, larges comme des murailles, lourdes comme des masses, écrasèrent digues et beffrois, donjons et coursives. Le roi, avertit par son évêque, n’eut pas même le temps de s’habiller, avant de sauter sur son meilleur coursier. Et il courut vers la terre, sa fille en croupe, recueillie entre la mort et les eaux. “Trip, trep, trip, trep… “. Bientôt la mer lécha les sabots du destrier qui frappaient les flots à toute vitesse. L’eau glissa sur la selle prête à noyer l’équipage hors d’haleine. “Repousse le démon assis derrière toi !” souffla le vent à Gradlon dans sa course. Croyant entendre la voix de Gwénolé, il se retourna et précipita sa fille dans les flots, délivrant le cheval du poids qui le retenait. La légende ne dit pas ce que devint Gradlon, mais Dahut, elle, telle une sirène, se laisse encore surprendre à peigner ses longs cheveux d’or, se mirant dans les vagues.  

Voilà pourquoi, lors de promenades sur la grève, tout le long de la baie d’Audierne, entre la pointe du Raz et Saint-Gwénolé, personne ne vous révèlera où exactement “les jours de tempête, on voit dans le creux des vagues, le sommet des flèches et des églises : les jours de calme, on entend monter de l’abîme le son de ses cloches modulant l’hymne du jour…” (Ernest Renan) 

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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