Fontaine Wallace

La première fontaine Wallace fut inaugurée au milieu du mois d’août 1872, et ce fut pour les Parisiens l’occasion de pouvoir boire « enfin » de l’eau portable, après en avoir été privés durant les terribles années du siège de Paris et de la Commune. Cette banale eau de source apparut alors comme un « miracle », une « fontaine de Jouvence » pour les habitants de la capitale. Le journal L’Illustration s’étant fait l’écho de cette actualité dans son numéro du 17 août 1872, avec un article intitulé : « Les fontaines de sir Richard Wallace », l’événement eut un très  gros retentissement à cette époque. Mais qui était l’instigateur et le mécène de ces bien curieuses fontaines ? C’était un certain Richard Wallace, richissime philanthrope anglais vivant à Paris, qui venait d’hériter d’une grande fortune en août 1870.

fontaine-walace-juin-1941A la suite du siège de la capitale et la tragédie de la Commune, de nombreux aqueducs furent détruits, des conduites éventrées, et le prix de l’eau, déjà élevé, en fut considérablement augmenté. Beaucoup de personnes démunies se trouvèrent dans l’impossibilité de trouver de l’eau gratuitement. Les « marchands de vin » profitèrent inévitablement de la situation pour proposer cette boisson alcoolisée au peuple, l’incitant à sombrer dans l’alcoolisme !

C’est alors qu’apparut un courant appelé le philanthropisme(1).  Les bourgeois parisiens de l’époque, et, d’une manière générale les personnes fortunées, se mirent à financer de bonnes œuvres, souvent par intérêt, dans le but de se faire apprécier du peuple et d’entretenir leur réputation. Il en fut tout autrement pour l’Anglais Richard Wallace qui, lui, fut un véritable philanthrope. Ne cherchant pas à se mettre en avant, mais parce qu’il aimait Paris et les Parisiens, il décida d’investir une partie de sa fortune dans la construction de ces fameuses fontaines qui depuis lors portent son nom, et que l’on surnomma les « brasseries aux quatre femmes ». La première de celles-ci fut inaugurée au milieu du mois d’août 1872. Leur nombre augmenta très vite, et en 1878, pas moins de cinquante-sept de ces fontaines furent installées dans les squares et dans chacune des grandes artères des arrondissements parisiens.

Elles atteindront la centaine au début des années 1900 et sont devenues pour les étrangers le symbole de Partis, comme la tour Eiffel ou l’Arc de triomphe.

Ces fontaines se présentent sous la forme de petits édicules et sont de différents modèles : il y a soixante-cinq grands modèles, neuf petits, deux à colonnettes et un en applique. Elles étaient équipées d’une timbale en métal attachée par une chaînette à l’un des pilastres de la fontaine, ainsi le promeneur assoiffé pouvait-il se désaltérer.  Elles sont, encore aujourd’hui, les seuls points d’eau potable gratuits pour les promeneurs parisiens qui souhaitent étancher leur soif au moment de l’été.

Richard Wallace conçut lui-même ces fontaines où l’esthétique est particulièrement réussie. Leur couleur était d’un vert profond comme tout le mobilier urbain, afin de ne pas rompre, l’harmonie des parcs et des allées bordées d’arbres. Hautes de plus de 2,50 mètres pour les grands modèles, elles se composent d’un socle sur lequel reposent quatre cariatides se tournant le dos et soutenant à bout de bras un dôme orné d’une pointe, et décoré de dauphins.

Les quatre cariatides représentent symboliquement : la Bonté, la Charité, la Simplicité et la Sobriété. Elles sont toutes les quatre différentes. Ainsi la Simplicité et la Sobriété ont-elles les yeux fermés, tandis que la Bonté et la Charité les ont ouverts. Elles représentent aussi les quatre saisons : la Simplicité symbolise le printemps ; la Charité : l’été ; la Sobriété : l’automne ; la Bonté : l’hiver.

Le symbolisme est présent sur les huit faces du soubassement : les quatre plus larges sont décorées ‘un trident autour duquel s’enroule un triton et les quatre autres montrent une conque de laquelle s’écoule un chapelet de perles, conques et perles représentant l’ouïe et la parole. Les quatre faces plus étroites sont en relief par rapport aux grandes faces ; de délicats roseaux les ornent latéralement.

L’eau est fraîche et distribuée en un mince filet depuis le centre du dôme, puis tombe dans une vasque qui est désormais protégée par une grille. Leur esthétique fait l’unanimité et elles sont reconnues dans le monde entier comme de petits chefs-d’œuvre du mobilier parisien urbain. Mieux, certaines villes de province les ont copiées et on peut même en voir dans certains pays étrangers (Espagne, Québec, etc.)

 

1 Philanthropie : philosophie ou doctrine de vie qui met l’humain au premier plan de ses priorités. L’humanisme est équivalent.

 

Source: Guide des fontaines & chapelles guérisseuses– Jean-François Blondel Editions France-Loisir

C’est un livre que je vous recommande vivement car il est vraiment extrêmement intéressant et fourmille d’anectode

fama-volat

une grand-mère qui s'amuse, certes, mais qui aime aussi partager ce qu'elle apprend

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